le pilori

Croquis

Posted on: 28 juin, 2007

Ils sont arrivés l’un contre l’autre sur le quai du métro.

Lui, il serrait la fille au plus près, son bras musclé enroulé autour de son cou à elle. Elle, déséquilibrée par l’étreinte de son compagnon, pliait comme un roseau, et elle riait fort. Elle ne ménageait pas ses efforts pour que l’on remarque sa dentition parfaite. Oui, elle était magnifique. Métisse, longiligne, un brin aguicheuse dans son jeans moulant vaguement démodé, des petits yeux marrons vifs et brillants, des lèvres fines et pourtant divinement charnues, c’est à dire pas trop. Vrai, cette fille avait beaucoup de chien, même si elle semblait s’obstiner à vouloir croire qu’elle avait une classe de folie.

Non, le monde ne serait jamais à ses pieds. A ses pieds, il n’y avait que lui. Son black épais, cheveux crépus savamment organisés en tresses très fines qui couraient en rangs d’oignons vers l’arrière de son crâne. Paupières lourdes sur yeux globuleux et vitreux, la lèvre supérieure démesurément longue qui formait comme une casquette au-dessus de sa bouche et le faisait étrangement ressembler à Titeuf. Gourmette en argent. Les anneaux formaient de minuscules menottes reliées entre elles. J’imaginai qu’il s’agissait d’un cadeau de la fille. Ca ressemblait à l’idée que je me faisais d’elle en tout cas. C’est réducteur ? Je sais, je sais. C’est toujours un peu comme ça les croquis.

Ils se sont installées en face de moi dans le wagon du métro. Il a posé son bras, celui à la gourmette sur le dossier de la banquette, juste derrière la tête de la fille. Elle s’est appuyée dessus en roulant des yeux comme une actrice. Ensuite elle a parlé. Une voix joliment éraillée, un ton de garçon manqué très jolie, mais son vocabulaire de train de banlieue plaqué sur sa certitude d’être le Top de la Fille, ça donnait franchement envie de sortir un calibre pour lui demander, à elle et à Titeuf, de dégager de ma banquette. Titeuf, non plus, ça le branchait pas trop de discuter apparement, alors il a mangé la bouche de la fille pendant un bon moment, après quoi il m’a regardé avec sa paupière lourde, son oeil vitreux et sa bouche de titeuf, comme pour mieux me dire : « Elle te fais bander la cocotte, mais elle à Moi, c’est Ma chose U know. »

La fille a glissé son petit museau très joli dans le cou de Titeuf, elle a respiré son odeur et tripoté son Tee-shirt de Winneur entre son pouce et son index, puis elle a redressé la tête en minaudant :

– Quoi de neuf, aujourd’hui, Bébé ?

– Nasri reste à Marseille !

– C’est vrai, Bébé ? C’est bien.

– Oui. Il est pas assez mûr pour les grands clubs. A Marseille, il est le patron, le club joue pour lui. Il gère.

– Et en équipe de France ? Il est en équipe de France ?

– Il apprend. Il découvre. Il est fort.

– C’est super.

– Oui. Sa carrière décolle. Il faut avoir les nerfs solides, chérie. C’est ça le business !

– Tu l’as dit Bébé.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Le mot du directeur

La direction vous souhaite la bienvenue dans son établissement de divertissements.

La direction décline toute responsabilité quand aux sentiments que la lecture de ces lignes pourrait occasionner.

La direction ne pourra en aucun en être tenue pour responsable.

La direction exprime son point de vue au travers de ces "articles" exclusivement.

La direction vous garantit une liberté absolue dans vos commentaires : cet espace là vous appartient entièrement.

LE DIRECTEUR


Articles les plus consultés

Archives Locales

Blog Stats

  • 57,187 hits
%d blogueurs aiment cette page :