le pilori

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Ligne 6
Je voudrais avoir une petite pensée affectueuse pour le machiniste de la ligne 6 qui, avec beaucoup d’à propos, a accéléré aux commandes de son machin à 15h54, dans le tunnel séparant les stations Dugommier et Daumesnil, dans le sens riches>pauvres (les parisiens têtes de chien comprendront).

Les sept jeunes femmes (dont five américaines) qui se trouvaient là ont alors vu leurs poitrines sautiller à un rythme effréné pendant près de trois minutes, m’arrachant de ma torpeur et laissant au coin de mon visage un large sourire de bienheureux, pendant que les damoiselles s’empourpraient joyeusement en faisant comme si de rien était (Moi je regarde mes pompes, et Moi je regarde par la fenêtre, quant à Moi je fais semblant de lire).

USA don’t GO HOME !
Une pensée particulière à l’américaine à fort potentiel maternel qui a pris la chose avec humour et regardé sa gelee poitrine s’agiter en souriant : fairplay la Miss ! Bérêt bas les frenchies.

Bienheureux bonhomme

A l’heure où j’écris ces lignes (18h56) le sourire tient toujours…
(Yes ! Môssieur-Mister Boronali !)

So Smart, So blondie, So botox, So stupid, So fashionable, So in late to be fashion in the city !

Et là voici à l’angle de la rue des Francs Bourgeois et de la rue Pavée. Le feu est vert ! Mais pourquoi ils avancent pas devant ? « Mais viteeee ! Tut ! Tuuut ! enfin ! » Elle mordille sa lèvre So glossy (en jetant vite fait un oeil dans le rétro pour vérifier, à tout hasard, si ce petit effet So funny n’altérerait pas son maquillage So glamour, ou pire si le boudin So plastic and Botox ne lui pèterait pas à la gueule comme une So vulgaire chambre à air ; ce qui serait So affreux, vous en conviendrez).

C’est qu’elle va se faire doubler chez Vanessa Bruno ! Et puis il y a aussi cette petite robe en maille So Arty qui l’attend au Comptoir des Cotonniers ! Mais viteeee !!! « Oh ! Mais ne serait-ce pas cette petite vedette de cinéma So bankable que je vois là ? Mais si ! Oh ! Elle est So moche avec ce So magnific gilet en cuir ! Mais pourquoi ils viennent tous dans notre quartier So hype à nous, tous ces crevards d’étrangers. Elle veut parler des touristes japonaises, américaines, suisses, chinoises, russes, évidemment, car elle n’est pas raciste. Non. Juste, elle s’en fout des autres ; la preuve :

CCCRRRRRRRRRRRR ! Tut ! Tut !
Mais oh ! Mon Dieu ! Sainte Prada priez pour Nous ! Elle, So smart, So frenchy, So conne, elle vient de renverser avec sa So craquante petite Smart un petit bonhomme de quatre ou cinq ans So adorable qui roulait sagement à droite sur son petit vélo So class derrière sa très jolie maman So Bobo.

« Mais Euh ! Tut ! Tut ! Tut, aussi ! Ca avance pas, c’est pas ma faute quand même ! » Et même pas elle descend de sa voiturette So fashion, elle se faufile déjà avec cette manière So parisienne entre les passants qui s’en foutent aussi.

Vite ! So Vite ! Elle est en retard pour son So-pping du dimanche après-midi !

Ceci est évidemment une histoire vraie.

Parfois, il m’arrive de faire des rêves éveillés.
C’est grave ? Ca me prend toujours pas surprise. Je suis là, je travaille ou je parle avec quelqu’un et, d’un coup, je suis ailleurs, toujours pris dans un enjeu de vie ou de mort, qui me réclame tout entier, mobilisant l’espace d’une seconde ou deux, jusqu’à la plus petite cellule de mon corps.

Cet après-midi, nous étions chez Tatie pour prendre le café.
Elle m’a proposé de visionner ses photos de voyage sur son Mac ; j’ai dit « oui, biensûr Tatie ! », et j’ai commencé à avaler son diaporama ; mille photos sur le Vietnam, soit une heure trente de visionnage : des paysages exotiques, du vert, des arbres, une sensation de moiteur suffocante, d’odeur de terre mouillé et de cuisine, des plages incroyables aussi, et puis des enfants, très beaux, avec des regards d’une douceur rare, des regards noirs et profonds qu’ils plantaient cash dans l’objectif de l’appareil photo. Il n’y avait aucune vanité, aucune provocation ni affectation dans ces regards, ils affichaient simplement leur présence, avec une aura que je n’avais encore jamais vu.

A quel moment j’ai décroché, je serais bien incapable de le dire.
Je me souviens d’avoir levé la tête vers la fenêtre, d’avoir constaté à quel point la lumière était aveuglante dehors, je me souviens m’être demandé qu’elle heure il pouvait être, puis le paquet sombre est passé devant la fenêtre, dans le vide. Il m’a semblé le voir passé une première fois, puis une deuxième, plus lentement. Je me vois regarder par la fenêtre en contre-bas, un corps désarticulé formait un S sur le sol de la cour. J’entends encore le roulement de tambour que faisaient mes pas dans l’escalier, ma respiration haletante, une porte qui s’ouvre, la chaleur tiède de l’arrière cour et son odeur de soufflerie. Et le petit corps sur le sol. Du sang s’écoulait de son oreille, l’arrière de son crâne aux cheveux rasés très courts était tout bleu et il avait au moins doublé de volume. J’étais désorienté, incapable d’une réaction claire. Je me suis agenouillé, exactement comme on le fait pour regarder sous une voiture, et je l’ai regardé. Je reconnus un des enfants photographié par Tatie. Et il était mort. Il arborait le même regard doux, noir, et profond des photos. Je le fixais sans plus pouvoir détacher mon regard, comme si nous allions pouvoir échanger un mot, un sourire peut-être, comme s’il s’agissait simplement d’une parenthèse.

Mais son visage est demeuré impassible. Il me sembla qu’il fixait quelque chose derrière moi. Je me suis retourné. Il y avait un petit pot de fleur posé à même le sol avec un géranium anémique qui tentait de survivre au climat gris et sombre de l’arrière cour. La vision de cet enfant mort fixant une fleur en pot était effroyable et inhumaine. D’ailleurs personne ne vint à notre secours.

J’ai peut-être cligné des yeux.
A moins que Justine Hénin n’ait gagné le premier set de la finale de Roland Garros sur la télé du salon, en tout cas je me suis alors retrouvé nez à nez avec l’image de cet enfant, il me regardait de nouveau à travers l’écran de l’ordinateur, avec la forêt pleine de vies grouillantes, la montagne, énorme et impénétrable derrière lui, et ce regard doux, noir, et profond…

Il s’en passe des trucs à Ménilmontant le samedi après-midi !

Ah la la ! Ces chers comédiens, que ne diraient-ils pas comme connerie pour le plaisir d’un bon mot ?

Georges Wilson : « J’ai pas eu besoin de tuer mon père, c’était déjà fait ! »

Ah Ah Ah !!!


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